Au comptoir du savoir

Disclaimer:

Je tiens à préciser que mon but n'est pas de concurrencer des sites comme Savoir Inutile ou Se Coucher Moins Bête qui sont pour moi des sites de références en la matière. Il faut plus voir ceci comme une base de connaissances et de savoirs qui ont retenu mon attention.
J'insiste également sur le fait que ces savoirs ont été valables lorsque je les ai écrit mais que depuis, ils ont pu changer.

La guillotine, une arme horrible pour l'époque ?

La Révolution française, une époque bien sombre où le sang coula à flot. Durant cette période, de nombreuses têtes sont tombées, notamment suite à l'apparition de la guillotine. Cette machine servait à décapiter les gens à l'aide d'une lame oblique, en biseau. C'était à la fois un instrument de terreur et de divertissement pour le peuple. Quelle arme sanguinaire et barbare ! L'inventeur de celle-ci devait être un être monstrueux ! Et si je vous disais que c'était tout l'inverse ? Et si je vous disais que, bien qu'horrible avec notre regard moderne, la guillotine était à l'époque une réelle évolution ? 

Il faut se remettre dans le contexte et se rappeler que la peine de mort existe jusqu'au 18 septembre 1981.  Donc même si vous trouvez cela ignoble, c'est un état de fait, à l'époque, selon vos crimes, on pouvait vous ôter la vie. Distinguons le domaine militaire et le domaine civil (pas dans la distinction actuelle civil et pénal mais dans le sens "non-militaire"). Ici, nous ne parlons que du civil car ce n'est qu'au civil que la guillotine s'appliquait. Pour les militaires, c'était le peloton d'exécution. Sauf qu'avant la guillotine, la peine capitale n'était pas appliquer de la même manière que vous soyez puissant ou misérable. Les nobles étaient les seuls à bénéficier de la décapitation. Les plus hauts rangs avaient le droit à l'épée dont un coup suffisait et plus on descendait plus on avait la hache ou le doloire . Dans tous les cas, cela restait, normalement, une mort rapide et sans trop de douleur (disons qu'on mourait généralement dès le premier coup, même s'il arrivait avec la hache ou le doloire que la tête ne tombe pas directement). Donc les nobles étaient assez bien lotis alors même qu'ils avaient commis des crimes (même si, dans des grosses affaires, on pouvait les déchoir de leurs privilèges et les tuer comme des communs, ça s'est fait mais ça reste exceptionnel, surtout pour les crimes de concussion). Quel sort était donc réservé aux roturiers du coup ? Cela dépendait de leur crime. Vous étiez hérétiques ou incendiaires ? Le bûcher. Faux-monnayeur ? Le bouillage où l'on vous mettait dans de l'huile bouillante. Haute trahison ou parricide ? L'écartèlement. Brigand et meurtrier ? La roue. Pour le reste, le défaut est la pendaison. Dans tous les cas, la mort n'était pas forcément rapide et elle était tout sauf indolore. On avait le temps de souffrir et de se sentir mourir. 

Mais vint la Révolution française et la fin des privilèges ! Et voilà que Joseph Ignace Guillotin, médecin et homme politique français, trouve cela tout aussi horrible que vous. Ce n'était toutefois pas les bonnes circonstances pour réclamer la fin de la peine de mort bien qu'il l'espérait. Cependant, il réclama à ce que celle-ci soit "douce" et rapide pour tout le monde. Ainsi, il proposa le 1er décembre 1789 de modifier le droit pénal et demanda "Dans tous les cas où la loi prononcera la peine de mort contre un accusé, le supplice sera le même, quelle que soit la nature du délit dont il se sera rendu coupable ; le coupable sera décapité ; il le sera par l’effet d’un simple mécanisme." Il espérait vraiment avoir une démarche de la peine capitale plus humaine. Il le mentionna d'ailleurs dans son allocution "Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil, et vous ne souffrez point". À l'époque, il n'avait pas encore la machine mais il missionna le docteur Antoine Louis pour faire ça. L'idée de la machine était de ne plus dépendre d'un bourreau et serait donc un gage d'égalité de traitement. En effet, avant, tout dépendait du bourreau, de la force qu'il mettait, s'il avait envie d'y aller rapidement ou de faire traîner. Là, une fois enclenchée, tout le monde subirait la décapitation de la même façon et le bourreau n'aura plus aucun influence. 

Même si c'est le docteur Antoine Louis qui créa la guillotine, l'Histoire (et la presse) retiendra le nom de Guillotin qui a fait de celle-ci l'instrument de la peine capitale. Et voilà son nom définitivement attaché à un objet largement décrié aujourd'hui alors qu'il voulait au contraire rendre la mort plus douce pour le commun des mortels.

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